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Situé au cœur du « nord vert » de Berlin (allusion à l’importance des lacs et forêts du secteur), le quartier Napoléon regroupe la majorité des troupes et services. Il forme ainsi
depuis 1947 l’enclave principale des forces françaises. Cette vaste caserne a été construite sur la zone boisée de la Jungfernheide, qui s’étendait jadis depuis Spandau jusqu'à Berlin sur une dizaine
de kilomètres. La vocation militaire de ce terrain apparaît en 1828. Le secteur situé au nord du Spandauer Weg est aménagé en champ de tir d’artillerie après d’importants travaux de déboisement. A la
même époque un laboratoire d’artillerie est installé dans sa partie méridionale. Le premier projet de caserne date de 1896. En octobre de cette année, l’administration militaire allemande décide
l’implantation d’un bataillon d’aérostiers aux alentours du laboratoire. Les travaux, entrepris trois ans plus tard, s’achèvent en 1903. Les aérostiers utilisent cette caserne jusqu’à
la fin de la première guerre mondiale. Ensuite, les bâtiments mis à la disposition de diverses entreprises civiles. En 1928, la police locale s’installe sur le site et modifie considérablement les
infrastructures d’origine. Les hangars à zeppelins et autres installations spécifiques aux aérostiers sont supprimés. Une partie des logements de troupe est aménagée pour accueillir des couples mariés et de
nombreux appartements supplémentaires sont construits. Dès 1934, la « Polizeigruppe zur besonderen Verwendungszwecke » (police chargée d’interventions spéciales), qui occupe alors la caserne, prend
le nom de « Landespolizeigruppe Général Göring », en l’honneur du dignitaire nazi, as de l’aviation durant le premier conflit mondial. Un an plus tard, la reconnaissance de l’autorité
militaire allemande confère à ce groupe de police un caractère militaire et lui octroie le titre de « Régiment Général Göring » (RGG). En 1937, ce régiment est composé de deux sections de défense
antiaérienne, d’un bataillon de sécurité comprenant trois compagnies de fantassins (dont une sur motos), d’une section de cavalerie, et enfin d’un bataillon de parachutistes de cinq compagnies. Ce
dernier est détaché en mars 1938 et affecté à la 7ème division d’aviation. Les autres unités régimentaires sont alors renforcés par des véhicules blindés et entièrement motorisées. Afin d’abriter ce corps d’élite de l’armée allemande, le Reichsmarschall (maréchal d’empire) Göring décide d’édifier un vaste complexe moderne de casernement. Les quelques bâtiments construits à l’origine pour les aérostiers ou la police sont conservés dans un nouveau plan. Ils existent encore de nos jours, reconnaissables à leurs fenêtres cintrées. Le coût de construction, terrain non compris s’élève à 80 millions de Reichsmarks soit environ un milliard de francs de 1939. Les travaux sont menés en un temps record. La caserne, commencée au cours de l’été 1936, est occupée dès 1939 par la défense antiaérienne, deux unités de projecteurs et par le bataillon de sécurité du régiment général Göring. Ces troupes, envoyées au combat dès le début des hostilités, sont remplacées au sein du quartier par des unités de réserve. A partir de 1943, avec le retour des blessés du front russe et les premiers grands raids aériens sur Berlin, la moitié occidentale du quartier est transformée en complexe hospitalier. La conception d’ensemble, résolument moderne, traduit un souci de confort et d’esthétique, avec pour objectif la satisfaction des besoins matériels et moraux du soldat. Néanmoins, la présence de hauts-parleurs et de prises d’appareils de radio dans tous les locaux communs permet la diffusion continue de la doctrine officielle ainsi que la distraction des régiments. Les arbres du terrain d’origine sont en grande partie conservés, ce qui donne à l’ensemble un aspect de cité-jardin appréciable. Le plan général de la caserne s’articule autour d’un axe nord-sud et d’un anneau ovoïde cimenté large de sept mètres. Celui-ci permet un accès aisé aux différentes infrastructures ainsi qu’une évacuation efficace et rapide en cas de nécessité. Le grand axe coupe successivement la porte principale, entrée sobre encadrée de deux corps de bâtiment de faible élévation, puis le bâtiment plus imposant de l’état-major. La partie centrale de celui-ci formant portique couvert, offre une perspective sur une clairière longue de 400 mètres. L’horizon est fermé par la façade arrière du bâtiment de la piscine d’hiver qui occupe sensiblement le centre du quartier. Au-delà s’étend une esplanade encadrée par deux gymnases, un terrain de sport doté d’une piste d’athlétisme et une piscine d’été. Elle débouche sur la cantine (actuel foyer central). Les logements comprennent les bâtiments situés sur le long de la circulaire ainsi que les structures conservées de la caserne initiale. A l’inverse, par souci esthétique, les hangars et les ateliers ont été bâtis plus en retrait, le long des quatre kilomètres du mur de clôture. Sur l’ensemble du quartier, deux types principaux d’architecture se côtoient. Des édifices à deux étages avec des combles importants alternent avec des constructions à niveau unique et toiture plate (il existe quelques exceptions comme le bâtiment 26 (commissariat de l’armée de terre)qui possède un rez-de-chaussée surmonté de combles). Ils sont disposés soit isolément (bâtiments 3, 36, 39 (BPM, paierie, ateliers artisanaux), soit en forme de U autour d’une petite cour ouverte sur la circulaire (bâtiments 17,19, 21 et 25 (infirmerie, hôtel Moskowa, salle FERRIE, DBLS/MMFL), ou enfin assemblés en échelon débordant (bâtiments 4, 8, 30, 31 (direction du génie, bureau du personnel allemand, mess gendarmerie, 11ème CLT…). Ces types de combinaison sont répartis de façon symétrique par rapport à l’axe principal du quartier. Toutefois, quelques bâtiments particuliers complètent l’ensemble et renforcent l’impression de variété. Il s’agit entre autres des grands édifices installés dans l’axe nord-sud (état-major, piscine, foyer). On peut y inclure les bâtiments 9 (pavillon de commandement), 14 (« Offizierskasino », désormais mess des officiers, maison des cadres), 23 (cantine pour sous officiers, actuellement restaurant du personnel civil allemand) et 27 (cuisine et cantine, de nos jours mess Brocard des sous officiers). Enfin dans l’angle sud-ouest se dresse également un groupe de bâtiments à deux ou trois étages formant un peigne (bâtiments 46 à 48 (46ème RI)) qui rappelle la forme plus traditionnelle de logement militaire. L’aménagement intérieur ne cède en rien à l’aspect extérieur des édifices. Les chambres de deux ou quatre soldats sont desservies par de larges couloirs dallés. Les installations sanitaires sont alimentées en eau chaude en permanence, ce qui prouve la modernité du complexe pour les années trente. A la fin de la guerre, la caserne d’Hermann Göring fait partie des secteurs de défense de Berlin-nord, placés sous le commandement du colonel Harry Herrmann de la 9ème division de chasseurs parachutistes. Les troupe Soviétiques s’emparent du quartier le 24 ou 25 avril 1945. Ils installent leur bivouac dans un paysage de ruines, ajoutant de nombreuses dégradations aux destructions résultant des combats, des tirs d’artillerie et des bombardements. On raconte en effet que la grande salle de réception de l’actuel mess des officiers a servi d’écurie à l’armée rouge. Lorsque les troupes françaises prennent possession du quartier, le 12 août 1945, seuls 20% des bâtiments sont encore utilisables. La plupart d’entre eux nécessitent d’urgence des travaux de remise en état. Entamés par les Britanniques, qui occupent le site de juillet à mi-août, ils sont poursuivis par le génie français. Ces réfections s’échelonnent sur une dizaine d’années, en partie à cause du blocus de 1948-1949.Pour faire face aux besoins immédiats, les sapeurs utilisent toutes sortes de matériaux : du bois de charpente récupéré sur les immeubles détruits ou du carton bitumé pour les couvertures. Ce dernier est remplacé dans les mois qui suivent par toutes les tuiles disponibles, donnant aux toitures des différents bâtiments un aspect disparate qui, bien qu’atténué, apparaît encore aujourd’hui. Par la suite, les besoins spécifiques de l’armée française la conduisent à modifier l’aspect initial de la caserne en y ajoutant de nouvelles installations. Il s’agit en premier lieu de hangars, mais également de la chapelle Saint-Louis (bâtiment A), inaugurée les 4 et 5 mai 1953 par Monseigneur Feltin, cardinal - archevêque de Paris, du cinéma l’Aiglon et de l’hôtel qui lui est contigu (1955-56). En 1975, un projet de construction d’autoroute passant en contrebas de la porte principale du quartier nécessite l’édification d’une nouvelle entrée, décalée de quelques mètres par rapport à l’ancienne. En 1976 l’hôtel JUNOT des sous-officiers célibataires est construit (bâtiment 62) à l’extérieur du mur d’enceinte au sud du quartier près de la cité Joffre. Dans les années 1980, le nouveau bâtiment 24 (magasin d’habillement du GS) est construit au nord du manège du 11ème RCH sur le parking derrière le commissariat de l’armée de terre.
Le quartier dispose également d’installations techniques spécialisées. La centrale thermique assure le chauffage de tous les bâtiments et fournit l’eau chaude des sanitaires jusqu’au 3
septembre 1991. A cette date, le quartier Napoléon est rattaché au réseau urbain de chauffage. Une station de pompage garantit l’alimentation en eau de l’ensemble du quartier (700.000 mètres cube par an)
à partir de la nappe phréatique. L’alimentation en électricité est assurée par le secteur civil allemand (BEWAG). La garnison dispose toutefois d’une centrale électrique de secours qui peut couvrir la
totalité des besoins en cas de panne de secteur.
Source : BERLIN Des Français au service de la Liberté SIRPA TERRE 1994
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