La MISSION MILITAIRE FRANÇAISE de LIAISON
(MMFL)
La Mission Militaire Française de Liaison. Dans l’immédiat après guerre, en 1946-1947, trois accords bilatéraux sont passés entre, d’une part, le commandement soviétique et, d’autre
part, chacun des trois commandements des forces américaines, britanniques et françaises occupant l’Allemagne. Ces accords visaient à échanger, sur la base de la stricte réciprocité, des missions militaires de liaison auprès
de chaque commandant en chef.
Il s’agissait ainsi d’établir des relations directes entre les autorités militaires, en vue de faciliter le règlement rapide, en dehors de la voie diplomatique, des problèmes que
posaient encore à l’époque la présence de militaires soviétiques dans les zones d’occupation occidentales et la circulation de militaires alliés dans la zone soviétique. C’est ainsi qu’en avril 1947, en
vertu de l’accord Noiret - Malinine (du nom des généraux français et soviétique signataires ), la Mission militaire française de liaison près le haut commandement soviétique en Allemagne fut créée et installée à Potsdam, en
Allemagne de l’Est. Réciproquement, une mission militaire soviétique de même importance (dix – huit personnels dont six officiers) était implantée à Baden – Baden, à proximité de l’état – major du
commandant en chef des forces françaises en Allemagne (CCFFA). Auparavant, en septembre 1946, les Britanniques avaient signé avec les Soviétiques un accord similaire créant une mission de liaison britannique (BRIXMIS) et une
mission soviétique installée à Hanovre. Enfin, précédant de peu les français, les américains concluaient un accord pour l’échange d’une mission américaine (USMLM) et d’une mission soviétique localisée à Francfort
– sur – le- Main. Tout comme la MMFL, les deux mission alliées – BRIXMIS et USMLM – étaient basées à Potsdam, alors que l’état – major du GFSA (Groupe des Forces Soviétiques en Allemagne)
se trouvait à Zossen – Wunsdorf, à cinquante kilomètres au sud de Berlin, qui plus est dans une zone interdite (ZIP), ce qui est assez révélateur de la conception qu’avaient les Soviétiques des « relations
directes » avec les Alliés. En fait, les relations entre l’état – major du GFSA et les missions se faisaient par l’intermédiaire d’une section des relations extérieures (SRE, ou Ou.V.S. en russe) du
GFSA, installée dans une grande villa de Potsdam. Le statut des missions leur donnait de facto les privilèges diplomatiques : liberté de circulation, exterritorialité du siège de la mission, immunité des personnels et de leurs
familles, inviolabilité des voitures officielles. Ces dernières,((VGL) ou voiture de grande liaison) dont le nombre était limité à huit pour la MMFL ( Type Opel Olympia vers la fin des années quarante, Opel Kapitän dans les années
cinquante, Opel Admiral dans les années soixante dix, suivies de véhicules de plus en plus puissants tels que Mercedes Type 280Epuis des 4 x 4 Range Rover et Mercedes 280 G) devaient porter des plaques d’immatriculation
spéciales (les voitures de la MMFL étaient immatriculées dans la série 30, celles de la BRIXMIS dans la série de 01 à 19, celles de l’USMLM dans la série 20, celles des missions soviétiques dans les séries 40 (Hanovre) 50
(Francfort) et 60 (Baden-Baden)) facilement reconnaissables. Souvent en piteux état aux retours de diverses missions, les véhicules de la MMFL étaient réparées et entretenues à la DSM (direction du service du matériel) du quartier
Napoléon. L’utilisation de voitures personnelles n’était pas autorisée. Chaque membre accrédité de la mission recevait de la SRE une carte d’identité (propusk en russe). Ce dernier servait de laissez-passer aux
points de contrôles soviétiques pour l’entrée et la sortie de la zone d’occupation soviétique, soit vers Berlin-Ouest soit vers l’Allemagne de l’Ouest. Ce propusk attestait de la qualité la qualité de membre
de mission, garantissant ainsi son immunité. Ces hommes ne pouvaient être contrôlés que par une autorité militaire qualifiée du GFSA, représentant la Komandatura locale, et ne pouvaient pas être fouillés ni détenus ni poursuivis
devant une juridiction militaire ou civile de l’Allemagne de l’Est. Cependant, si un membre de mission était accusé d’une faute grave ou d’un comportement jugé incompatible avec le statut des missions, il
pouvait être déclaré persona non grata (PNG) par le commandement soviétique. Dans ce cas, sa « carte » lui était retiré et il ne pouvait plus appartenir à la mission. Conformément aux accords, la SRE pourvoyait à la
subsistance complète des membres des missions alliées et de leurs familles. Les énormes difficultés de ravitaillement de l’époque justifiaient ces dispositions qui, pour l’essentiel ont perduré jusqu’aux années
quatre-vingt.
La MMFL était installée à Potsdam, dans quatre ou cinq grandes villas bourgeoises réquisitionnées par les Soviétiques. Dès la première année, la situation et les
conditions de vie des missionnaires, et surtout de leurs familles, se dégradèrent. En premier lieu, la vie était extrêmement austère. Les rations alimentaires fournies par les Soviétiques, par exemple, ne correspondaient pas aux
normes, ni aux goûts des Français. L’isolement de cette petite colonie française , privée de distractions dans une ville allemande ruinée par la guerre, était aggravé par un sentiment d’insécurité. Mais le plus
préoccupant était la montée des tensions entre l’URSS et les Occidentaux au sujet du statut de l’Allemagne. Ces tensions culminèrent avec le blocus de Berlin-Ouest par les Soviétiques, auquel les Alliés répondirent par
le pont aérien de juin 1948 à mai 1949. Dans le même temps, les Soviétiques consacraient la partition de l’Allemagne en créant dans leur zone d’occupation, la République démocratique allemande (RDA en français, DDR en
allemand) proclamée le 7 octobre 1949. Les commandements alliés, craignant alors un coup de force soviétique sur Berlin-Ouest et une confrontation en Centre -Europe, ont demandé aux missions de Potsdam de profiter de leurs
déplacements en Allemagne de l’est pour rendre compte des préparatifs des forces soviétiques et pour recueillir tout indice d’alerte. Cette orientation des activités a naturellement posé la question de la sécurité des
missionnaires et de la confidentialité des informations recueillies. Or il est rapidement apparu que les missions alliés étaient sous surveillance des services de sécurité soviétiques : écoutes téléphoniques, micros dans les
villas, utilisation du personnel de maison allemand, filatures, etc. Aussi le rapatriement vers Berlin-Ouest des familles et de la partie confidentielle de la MMFL, à l’instar des deux autres missions alliées, a été décidé
dès le début des années cinquante. Le secteur français de Berlin (CSFB) pris alors en charge le soutien de la mission et des familles. Non sans réticences, les Soviétiques ont entériné cette nouvelle situation. Les villas de la
MMFL de Wildpark ont été échangées contre deux autres villas contiguës situées See Strasse, au bord du lac Heiliger, en face du Palais de marbre et du parc de Cecilienhof. (C’est dans le château de Cecilienhof que Staline,
Truman et Atlee (successeur de Churchill) ont signé, le 2 août 1945, les accords de Potsdam organisant l’occupation de l’Allemagne vaincue par les Alliés. La France n’avait qu’un observateur, mais a
bénéficié du statut de puissance occupante.)
Les Britanniques ont fait de même, et la BRIXMIS a eu son siège dans une grande maison à proximité immédiate de celles de la MMFL. Pour sa
part, l’USMLM est restée dans le petit château qu’elle occupait au nord de Potsdam. Finalement, à Potsdam, la MMFL n’entretenait qu’une présence permanente symbolique : un gérant (le plus souvent
retraité) et sa famille étaient responsables de la bonne tenue des villas et des relations de routine avec la SRE. De plus, deux jeunes militaires français, conducteurs de la voiture affectée au « gérant », étaient
chargés d’effectuer les liaisons avec Berlin-Ouest et de faire les courses indispensables. En outre, ces conducteurs étaient employés à tour de rôle pour conduire des voitures de grande liaison (VGL) lors des sorties
opérationnelles dans les environs de Potsdam. Ces jeunes gens furent des appelés du contingent jusqu’à la fin 1975, puis de jeunes sous-officiers détachés de leur régiment pour quatre mois à la
MMFL.
Tous les membres de la MMFL ne participaient pas aux missions. En effet, depuis son transfert à Berlin, la mission avait pu s’affranchir de la contrainte que
constituait le plafonnement de ses effectifs à 18 personnes dont 6 officiers fixé par l’accord Noiret - Malinine. La MMFL était dotée de 9 officiers, 26 sous-officiers, 7 militaires du rang, 3 personnels civils soit 45
personnes, seules 18 étaient « cartées », c’est à dire en possession d’un propusk. Ces personnels, tous volontaires étaient sélectionnés selon des critères de spécialités et de qualifications militaires et
techniques, ainsi qu’en fonction de leurs compétences linguistiques en russe, en allemand ou en anglais. Leurs missions opérationnelles portaient de façon prioritaire sur la recherche des indices d’alerte du GFSA et de
la NVA « à voir sans être vu » et furent victimes d’incidents aux conséquences parfois tragiques. C’est ainsi qu’en 1960, un officier de la MMFL, le lieutenant Moser, fut blessé par balles à la cuisse
par le Chef d’un poste de contrôle soviétique de la circulation routière, à cette époque les sentinelles soviétiques n’hésitaient pas à ouvrir le feu sans sommations, si elles surprenaient un équipage des missions qui
avait approché de trop près une installation militaire. Les équipages étaient amenés à prendre des risques, en plus de la circulation sur de petites routes ou chemins en mauvais état, parfois enneigés, s’ajoutait le danger de
collision avec un camion ou véhicule adverse qu’un jeune conducteur maîtrise mal, ou qu’un gradé zélé et surexcité emploie pour tenter de bloquer une VGL. De nombreux véhicules des trois missions ont été ainsi
délibérément « embouties ». Le 22 mars 1984 à Lettin près de Halle en ex-RDA, un équipage de la MMFL a été percuté de plein fouet par un camion Oural 375. Le conducteur du VGL l’adjudant Chef Philippe Mariotti qui
circulait sur une route ouverte à la circulation normale est tué sur le coup, l’officier Chef de bord, le Capitaine Staub est évacué en urgence vers un hôpital allemand, le sous-officier observateur, l’adjudant-chef
Blancheton, bien que blessé au bras et à la tête, reste sur les lieux pour garder son camarade mort et le contenu de la VGL livrée à la curiosité des services adverses, jusqu’à l’arrivée des voitures de secours de la
MMFL. L’acte est incontestablement un assassinat prémédité, caractéristique du régime totalitaire qui sévissait alors.
Lundi matin, 26 mars 1984, la place d’armes du 11ème Régiment de Chasseurs a été le théâtre d’une belle et émouvante cérémonie. Les honneurs funèbres militaires ont été rendus à l’Adjudant-Chef Philippe Mariotti, sous-officier de l’Arme Blindée Cavalerie qui servait à la MMFL, décédé en service commandé dans un accident de la circulation. Le général PHILIPONNAT commandant les Forces Françaises en Allemagne présidait la cérémonie. En l’absence du Chef de Corps Le lieutenant colonel de SUSBIELLE parti à Canjuers avec les tireurs, le commandant en second commandait le détachement qui rendait les honneurs, celui-ci était constitué par le peloton CME.
Puis le 24 mai 1985, le major Arthur D. Nicholson de l’USMLM est abattu près de son véhicule par une sentinelle soviétique qui l’avait surpris en train d’observer un hangar à chars sur un terrain d’exercices.
Le début des années quatre-vingt-dix, après la chute du Mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne, aura vu la fin de la guerre froide en Europe, consacrée par le retrait du Groupe des forces soviétiques en Allemagne (GFSA) et des forces alliées stationnées à Berlin. Elle a entraîné ipso facto la dissolution, le 31 décembre 1990, de la Mission militaire française de liaison de Potsdam, plus connue sous ses initiales de MMFL.
La stèle commémorative érigée en 1985 à la mémoire de Philippe Mariotti dans le jardin de la villa de la MMFL, à Potsdam, se trouve maintenant à l’ENSOA de Saint-Maixent, dont une promotion de sous-officiers, sortie en février 1992, porte le nom d’Adjudant-chef Mariotti
Le jeudi 18 août 1994 vers 11 heures 50 , suite au démantèlement des forces françaises stationnées à Berlin et la liquidation de nombreuses archives, dans les locaux de la MMFL (bâtiment 25) du quartier Napoléon, deux membres des forces, un sous-officier âgé de 42 ans (Casimir M.) et un employé civil de 56 ans (Michel C.) sont victimes d’une explosion résultante d’émanation gazeuse d’objets tels que films photographiques, cassettes vidéo et photocopies hachés à l’aide d’un destructeur de documents. L’explosion fût si violente que les encadrements des portes et fenêtres furent arrachés. Peu après leur transport dans les hôpitaux berlinois de Rudolf-Virchow et Steglitz, ils succombèrent à leurs grandes brûlures aux 2ème et 3ème degré.
Texte : D. DALGOT et G. ROSSO (complété le 18 janvier 2004 à Berlin)
En mars 2004, le musée des alliés de Berlin consacre une exposition dans le cadre de l’histoire des missions militaires occidentales, sur son initiative et en coopération avec les autorités de Halle-Dessau. Le
22 mars 2004, un monument commémoratif fut inauguré à l’occasion du 20ème anniversaire de la mort de l’adjudant-chef Philippe Mariotti, près des lieux de l’accident au croisement « Brandbergweg-Dölauer
Strasse » à Halle, en présence de nombreuses autorités militaires et civiles dont le dernier chef de la mission française en Allemagne, le Général (r) Jean-Paul HUET; le maire de Halle, madame Häussler; le commandant de la
caserne “Dorothea-Erxleben” le colonel Althoff; de 25 anciens membres de la MMFL et des deux camarades de Mariotti, rescapés de l’accident.
Un reportage de 45 minutes, “In geheimer Mission”
fut produit en 2004 par la société “Hoferichter & Jacobs” en co-production avec la chaîne de télévision allemande MDR. Ce reportage relata du travail des missions militaires en ex-DDR, de
“l’accident” mortel de l’adjudant Mariotti et de ses causes, documentant un des plus dangereux chapitres de la guerre froide.
(Film de Wolf-Michael Eimler et Jan Lorenzen, sous la régie de
Wolf-Michael Eimler, opérateur Kai-Uwe Schulenburg.)
(Sources : Musée des alliés de Berlin, « Aktuell » Zeitung für die Bundeswehr nr. 13, Berlin, 29 März 2004 Seite 12, „AmtsBlatt“ der Stadt Halle (Saale) nr. 6, 31.März 2004 Seite 2)
Livres intéressants:
Hornisgrinde de Christian DUBUISSON

VOSTOK de Roland PIETRINI
Le site de l’amicale de la M.M.F.L :


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